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  BORDEAUX: ( la plus belle ville du royaume )

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moumoune
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MessageSujet: BORDEAUX: ( la plus belle ville du royaume )   Mar 13 Sep - 15:29


Bordeaux «La plus belle ville du royaume»



Depuis le 28 juin 2007, Bordeaux figure au Patrimoine mondial de l’humanité
établi par l’UNESCO, avec une surface sauvegardée de 1800 hectares, la
plus grande à ce jour.

Elle doit cet honneur à trois intendants éclairés du XVIIIe siècle, qui ont eu à cœur d’en faire la «plus belle ville du royaume»...

L'agglomération bordelaise, qui compte aujourd'hui environ 600.000 habitants, s’étire sur la rive sud de la Garonne.



Né dans les Pyrénées, le fleuve forme à cet endroit un large croissant de
lune, juste avant de rejoindre la Dordogne pour constituer avec celle-ci
l’estuaire de la Gironde, la plus grande frayère (lieu de reproduction des poissons) d’Europe.

Le port de la Lune, le quai des Chartrons, l'esplanade des
Quinconces, la place de la Bourse et le pont de pierre (ci-dessous)
tissent le lien entre la ville et le fleuve.


Nos ancêtres les Gallo-Romains

Une première cité est fondée à cet emplacement, au IIIe siècle avant JC, par la tribu gauloise des Bituriges Vivisques. On lui doit le premier vignoble de la région, le «biturisca» (à l’origine du mot «biture», synonyme de piquette !).

Après la conquête romaine, la cité devient la capitale de l’Aquitaine IIe sous le nom de Burdigala. Elle se développe à la façon romaine, avec un axe nord-sud (le «cardo») et un axe est-ouest (le «decumanus») qui se rencontrent au forum.

L’ancien cardo est aujourd’hui le lieu le plus fréquenté de
la ville, sous le nom de rue Sainte-Catherine. Droite et longue de 2
kilomètres, c’est la rue piétonne la plus longue d’Europe à ce jour.



À l’automne de l’empire romain, au IIIe siècle de notre ère,
Burdigala s’honore déjà d’un grand écrivain et poète, Ausone, qui est
également un notable et un grand propriétaire de la région et deviendra
le conseiller des empereurs.

De cette époque relativement florissante subsistent les vestiges du «palais Gallien», un amphithéâtre de 17000 places ainsi dénommé en raison de l’empereur qui régnait au temps de sa construction.
Timide renouveau

Dans la longue période sombre qui suit, l’Aquitaine et sa capitale
subissent les assauts de différents pillards : Vandales, Goths, Arabes
et Normands.

Enfin, après sept siècles d’effacement, Bordeaux a l’insigne honneur de recevoir la visite du pape Urbain II.
En route pour le mémorable concile de Clermont, le souverain pontife
consacre la première cathédrale Saint-André le 1er mai 1096. Poursuivant
son chemin, il consacre aussi à Toulouse, quelques semaines plus tard,
la basilique Saint-Sernin.

Il reste peu de chose de cette cathédrale médiévale, l’édifice ayant
été reconstruit dans le style gothique flamboyant au XVe siècle. Comme
le terrain est marécageux et instable, les cloches de la nouvelle
cathédrale sont alors montées sur une tour adjacente, la Pey-Berland.
Le 11 juillet 1530, la cathédrale Saint-André reçoit Éléonore de
Habsbourg, veuve du roi du Portugal et sœur aînée de Charles Quint,
promise en mariage à François 1er. Et le 8 décembre 1615 a lieu au pied de l’autel le mariage de Louis XIII et Anne d’Autriche.


Cité rebelle

Bordeaux, qui fait partie des possessions d’Aliénor d’Aquitaine, passe sous tutelle anglaise en 1154, lorsque son mari Henri Plantagenêt est couronné à Londres sous le nom d’Henri II.

La ville bénéficie dès lors d’un régime de faveur, les Anglais ayant
besoin de son soutien dans les guerres interminables contre leurs rivaux
capétiens. Elle obtient d’être administrée par un conseil d’élus issus
de la bourgeoisie, la jurade. Ses négociants tirent par ailleurs
d’immenses profits de la vente de vin aux Anglais. Aujourd’hui encore,
l’attrait de la cour d’Angleterre pour le «claret» demeure très vif.

Pendant la guerre de Cent Ans, le Prince Noir,
fils du roi Édouard III, établit sa cour à Bordeaux, sa ville
d’adoption. Mais les meilleures choses ont une fin... Au siècle suivant,
en 1453, l’entrée des troupes de Charles VII
à Bordeaux met fin à son régime de faveur, au grand regret des
habitants. Encore aujourd’hui, il est de bon ton sur le port de la Lune
d’exalter le temps béni de l’occupation anglaise !

Louis XI
restitue aux Bordelais une partie de leurs franchises et installe un
Parlement dans la ville. Malgré cela ne suffit pas à dissiper l’amertume
des habitants. Dans les deux siècles qui suivent, les Bordelais sont
partie prenante de toutes les rébellions : réforme protestante, Fronde, révoltes fiscales

Pour mieux surveiller les turbulents Bordelais, les rois de France
ceinturent la ville de trois forts, dont le Château-Trompette. Celui-ci
sépare la cité médiévale du quartier des Chartrons, sur les bords de la
Garonne, où vivent les négociants en vins et de nombreux ouvriers.

Le château est consolidé par Louis XIV, qui se méfie plus qu’aucun autre des révoltes fiscales des Aquitains.


Les intendants bâtisseurs

Changement de cap au siècle suivant, le Siècle des Lumières.
Trois intendants vont transformer la ville et lui donner son visage
actuel, celui d’une ville classique, à l’urbanisme harmonieux, reflet
d’une exceptionnelle prospérité.

Ces
intendants, qui représentent le roi à la tête de la généralité ou
province d’Aquitaine, sont Claude Boucher (1720-1743), Louis-Urbain
Aubert, marquis de Tourny (1743-1757) et Nicolas-Dupré de Saint-Maur
(1776-1785).

Ils entreprennent en premier lieu d’araser les trois forts qui
défigurent la ville et les remplacent par des places et des allées
plantées. Leur ambition est grande, comme l’atteste la profession de foi
de Tourny : «J’en ferai la plus belle ville du royaume».

L’esplanade
des Quinconces est aménagée à l’emplacement occupé par le
Château-Trompette. Elle est entourée d’arbres. Sur le côté qui fait face
à la Garonne et au port de la Lune, deux colonnes honorent Montaigne et
Montesquieu, les deux grands écrivains de la région bordelaise (il y
manque Mauriac, qui n’était pas encore né).

Côté ville, une fontaine monumentale, érigée à la fin du XIXe siècle, exalte la République et la Paix. Elle est dédiée aux Girondins de la Révolution.

Entre les Quinconces et la cathédrale, les allées de Tourny, le cours
de l’Intendance et les allées Clemenceau forment les côtés du «Triangle». La cour Mably (dédiée aux Grands Hommes), la place Gambetta et la place de la Comédie en sont les pointes.

Ce chef-d’œuvre urbain a été voulu par les intendants des Lumières,
avec des immeubles en style classique, caractérisés par de nombreux
mascarons (figures humaines sculptées sur les façades) et des balcons
sur trompe (en avancée).

L’architecte Jacques Gabriel conçoit les allées de Tourny. Il conçoit
aussi la place de la Bourse, en demi-cercle, sur les quais de la
Garonne, face au port de la Lune. Hier comme aujourd’hui, les
prestigieux hôtels de cette place accueillent les institutions
portuaires et marchandes (Chambre de commerce et d’industrie,…). Le
port, quant à lui, a cessé en 1985 de recevoir les navires. Ceux-ci
accostent désormais en aval, au Verdon.



En 1773-1780, l’architecte Victor Louis construit sur la place de la
Comédie son propre chef-d’œuvre en style néo-classique, le Grand
Théâtre. En face se tient le Grand Hôtel de Bordeaux (aujourd’hui rebaptisé «The Regent»).
Cet hôtel a eu le douteux honneur d’accueillir à trois reprises, en
1870, en 1914 et en 1940 le gouvernement français, en fuite devant
l’invasion allemande !
Un commerce douteux

L’embellissement
de la ville au XVIIIe siècle témoigne de l’ouverture d’esprit de ses
intendants et de la prospérité de ses négociants en vins. Ceux-ci se
dotent de belles résidences sur le quai des Chartrons, qui doit son nom à
un ancien couvent de Chartreux.

À la veille de la Révolution, Bordeaux est la deuxième ville de France après Paris avec 100.000 habitants.

C’est aussi le 1er port français et le 2e au monde après Londres.
Fort d’un arrière-pays très riche (vins, céréales,…), il assure le quart
du commerce extérieur de la France.

Comme si ces atouts ne suffisait pas au bonheur des habitants, le
gouvernement croit utile en 1716 d’autoriser Bordeaux à pratiquer la traite des esclaves et le «commerce triangulaire».

Une ordonnance accorde en ce sens force privilèges et exemptions aux
négociants de la ville. Mais ceux-ci n’en usent que tardivement et lui
préfèrent le «commerce direct» avec les Antilles.

Il faut dire que les opérations africaines sont hasardeuses ainsi que le montrent les noms des navires qui s’y livrent : La Roue de la Fortune, La Loterie



Il n’empêche que, de 1729 à 1826, 500 expéditions maritimes au départ
de Bordeaux vont déporter 150.000 Nègres du golfe de Guinée vers les
Antilles.

Quand éclate la Révolution en 1789, les députés de Bordeaux aux états généraux se montrent très favorables aux idées nouvelles de liberté.

Mais lorsque la Révolution s’emballe, en 1793, ils s’inquiètent d’une
centralisation excessive du pouvoir qui compromettrait la prospérité de
leur ville.

Autour du député Brissot, ils s’opposent aux députés de la Montagne. Qualifiés de Brissotins, puis beaucoup plus tard, de Girondins (d’après le nom de leur département d’élection), ils sont éliminés par leurs rivaux.
Fin de l’Histoire ?

Les négociants bordelais sortent éreintés de la période révolutionnaire. La perte de Saint-Domingue
et le Blocus continental ont gravement affecté leur prospérité. Aussi
se rallient-ils de bon cœur à Louis XVIII quand celui-ci monte sur le
trône en 1814.

Le vieux peintre espagnol Francisco Goya
se réfugie à Bordeaux à la même époque pour échapper à des tracas
politiques. Ses funérailles se déroulent en 1828 dans l’église
Notre-Dame, près de la cour Mably. Cet édifice baroque s’appelait Saint-Dominique avant la Révolution, puis Temple de la Raison pendant celle-ci.

La ville, plus soucieuse de commerce que d’art, n’a toutefois
conservé aucune œuvre de son hôte illustre, de même qu’elle n’a rien
voulu garder de l’œuvre d’Henri de Toulouse-Lautrec, qui a passé son enfance au château voisin de Malromé et est inhumé près de là, à Verdelais.

En guise de consolation, le musée des Beaux-Arts de la ville conserve
quelques peintures de l’un de ses enfants, Odilon Redon, né à Bordeaux
en 1840 et mort à Paris en 1916. Le musée s’honore surtout de posséder
la célèbre toile d'Eugène Delacroix : La Grèce sur les ruines de Missolonghi.



Au XIXe siècle, la reprise des conquêtes coloniales ne suffit pas à rendre à Bordeaux sa grandeur passée.

La ville ne se rappelle à l’Histoire que dans les drames nationaux :
elle accueille le gouvernement et l’Assemblée nationale pendant l’hiver
1870-1871, tandis que les armées allemandes assiègent Paris ; c’est
encore à Bordeaux que se réfugie le gouvernement le 2 septembre 1914,
avant la salvatrice contre-offensive de la Marne ; il récidive le 15
juin 1940 sans que, cette fois, aucune contre-offensive ne lui permette
de regagner Paris. Le maréchal Pétain forme son gouvernement au Grand
Hôtel le 17 juin 1940 et gagne avec lui Clermont-Ferrand puis Vichy.

En
1947, la capitale de l’Aquitaine se donne corps et âme à un jeune et
beau héros de la Résistance, Jacques Chaban-Delmas. Celui-ci va diriger
la municipalité pendant près d’un demi-siècle, jusqu’en juin 1995. Trop
longtemps pour maintenir la ville en éveil.

Aujourd'hui, Bordeaux aspire à renouer avec l’époque des grands
intendants sous l’égide d’un nouveau maire, Alain Juppé, un natif de la
région.

L'architecture audacieuse du nouveau Palais de Justice, conçu par
Richard Rogers, témoigne de cette volonté de renouveau (en dépit de
violentes critiques sur son caractère très peu fonctionnel).
André Larané

www.Herodote.net




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